Carnet de route

Six jours en itinérance autour des aiguilles d'Arves

Sortie :  Tour des Aiguilles d'Arves du 29/06/2026

Le 13/08/2026 par Marianne

Trois pointes élancées se dressent entre Hautes-Alpes et Savoie ; trois cimes fières, solitaires et altières barrant l'horizon entre Vanoise et Ecrins ; trois sœurs minérales dont la légende dit de leur beauté qu'elle est divine. Qui les voit pour la première fois les reconnaîtra entre toutes : ce sont les Aiguilles d'Arves. Elles règnent sans partage au-dessus d'un enchevêtrement de vallées, d'alpages et de cols que peu d'itinéraires balisés relient entre eux.

Pour découvrir ce pays-là, il faut en faire le tour, le regard aimanté par les silhouettes des Aiguilles d'Arves, arpenter des espaces très peu fréquentés de Bonnenuit jusqu'à Valloire, s'accorder six jours de randonnée, une semaine de refuges et de gîtes, de cols oubliés et d'amitié sans faille.

Jour 1 : quand le Col du Goléon se fait appeler Désiré.

Semelle légère, rythme de marche rapide - peut-être un peu trop – les 1200 mètres de dénivelé pour atteindre le col du Goléon (2873m), nous rappellent à quel point la montagne s'éprouve à chaque pas. En tendant l'oreille, on pourrait entendre le rire des vautours qui nous survolent. Et que dire de la descente où le refuge tout en bas semble reculer au fur et à mesure qu'on avance ? Mais les faces nord de la Meije, du Râteau et du glacier de la Girose nous saluent, notre assiette sent bon la spécialité locale - un rougail saucisses-, et nous nous endormons bercés par le tonnerre et les éclairs.

Jour 2 : en fond d'écran, je voudrais …

Le Doigt de Dieu de la Meije nous regarde cheminer toute la journée au milieu des alpages, du Cruq des Aiguilles (2700m) au Signal de la Grave (2430m). Les premiers edelweiss étoilent le sol et les lys martagon dressent précocement leurs hampes florales au-dessus de la végétation. Le refuge du Pic du Mas de la Grave sent bon la spécialité traditionnelle -le rougail saucisses - , voilà une journée parfaite !

Jour 3 : où sont passées les Aiguilles ?

Notre départ se fait à la fraîche car nous savons que cette étape est rude, exigeante et la plus sauvage de toutes. En file indienne, des herbes jusqu'à mi-cuisse, nous nous frayons un chemin hors sentiers sur la crête de la Buffe pour 1400 mètres de montée. Qui plus est, voilà que le ciel se couvre méchamment et que le vent s'en mêle : vite, gants, bonnets, polaires et vestes techniques. Ne traînons pas, il nous reste quelques mètres à gravir dans une végétation qui se raréfie à mesure que l'altitude augmente, jusqu'à atteindre un terrain d'éboulis instables où certains passages se négocient avec prudence. En équilibre sur la crête lunaire balayée par les rafales de vent, nous rejoignons le pic de la Buffe d'En Haut (2878m) puis le col de Martignare (2763m). Mais d'Aiguilles d'Arves, point : elles sont drapées d'un voile gris. La descente vers le vallon de Valfroide (2000m) se révèle incertaine et sinueuse avec des passages de torrents tumultueux. Pour couronner le tout, la pluie s'invite à notre remontée vers la Basse du Gerbier (2553m). Quel bonheur d'atteindre le Chalet d'estive du Perron, qui, dans sa rusticité extrême, a des airs de paradis : le poêle à bois réchauffe l'atmosphère, Patricia la gardienne nous sourit, le rougail-saucisses embaume la cuisine !

Jour 4 : comment aller musant et baguenaudant.

Ouvrez les yeux, c'est ici que le spectacle s'offre enfin dans toute sa splendeur avec en arrière plan sa majesté le Mont Blanc. Alors que la veille encore les trois aiguilles d'Arves nous boudaient, elle se dressent verticales et acérées, en ce jour lumineux, au-dessus d'un amphithéâtre de névés et d'alpages fleuris. Elles se dévoilent sans réserve à la contemplation : l'Aiguille Méridionale, point culminant avec ses 3514 m, l'Aiguille Centrale et l'Aiguille Septentrionale surnommée « Tête de Chat » en raison des deux pointes jumelles qui la coiffent. Dans leur prolongement apparaissent leurs sœurs en disgrâce, les Aiguilles de la Saussaz, nées dit-on de la jalousie du diable. Plus loin encore, nous suivons des yeux les crêtes que nous avons empruntées dans le mauvais temps, nous étonnant de ces passages autrefois fréquentés par les colporteurs ou les contrebandiers entre Dauphiné et Duché de Savoie et qui aujourd'hui ne séduisent plus que de rares randonneurs. Cartographie, géologie, histoire, botanique, la montagne convoque toutes nos connaissances et se donne à lire avec passion. Nous retrouvons la civilisation en début d'après-midi au chalet Saint Roch dans le village du Chalmieu. Au menu, pas de spécialité locale de référence ...

Jour 5 : Emy, un petit col entre amis.

Nous avons choisi de ne pas traverser les villages et les stations du secteur d'Albiez-Montrond mais de passer par le col Emy pour atteindre directement le village d'Albanne. La montée du versant Ouest se fait sous un soleil déjà haut, heureusement tempéré par quelques nuages bienvenus. Les derniers mètres, sur une pente raide et un terrain d'éboulis mal stabilisé, demandent toute notre attention. Mais à l'arrivée, nos efforts sont récompensés par le panorama : au Nord et à l'Est s'étendent la chaîne de Belledonne et le massif de la Lauzière, au Sud et à l'Ouest les massifs du Thabor, des Cerces et des Grandes Rousses. La descente, plus douce, se négocie sans sentier marqué au début, entre névés et pentes à contourner, avant de retrouver un tracé plus net jusqu'au hameau d'Albanne. Décidemment, plus de plat réunionnais : pénurie de rougail-saucisses ?

Jour 6 : adieu solitude, espoir à Valloire.

Ultime étape, en forêt tout d'abord, pour nous mener jusqu'au Gros Mélèze, un arbre plusieurs fois centenaire dont le tronc massif porte l'empreinte des siècles. Puis le paysage retrouve l'estive et s'adoucit à mesure que la vallée se resserre : nous croisons enfin des groupes de randonneurs et arrivons à Valloire en fin de matinée. Notre périple s'achève et pour une fois, ce sera pizza !

En chiffres, sur l'ensemble du parcours : environ 72 km, +5600 m / −6000 m de dénivelé cumulé, et près de 40 heures de marche effective réparties sur six étapes.

Merci à mes camarades Aristide, Do, Dom, Jacques, Jean-Philippe, Joséphine et surtout Didier sans qui rien de tout cela n'aurait été possible.

Pour le groupe, Marianne.

 

 







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