Carnet de route
La Grande Casse à ski
Le 18/04/2026 par Laurent Hesse
Profitant de l’annulation de la sortie dans le Val d’Aoste, je m’empresse d’embarquer Laurent R et Laurent C dans un plan B. En effet, l’ascension de la Grande Casse à ski m’obsédait depuis plusieurs années mais l’opportunité de l’organiser ne s’était pas vraiment présentée faute de temps, de météo ou de neige. Maintenant toutes les planètes sont alignées, et ce jeudi 16 avril nous partons pour Pralognan la Vanoise. Après une brève nuit passé à Chambéry, nous atteignons le parking des Fontanettes à 1400 m d’altitude où nous chaussons les skis au bord de la piste qui est encore tapissée d’un manteau de neige. Il est aux alentours de 10h30 et nous devons rejoindre le refuge du Col de la Vanoise à 2518 m d’altitude. Le temps est ensoleillé et la météo nous sera favorable jusqu’à samedi, jour de l’ascension. La montée est finalement assez rapide, trop peut-être pour moi car cela fait un mois que je ne suis pas allé en montagne. Vers 13h15 nous arrivons au refuge pour nous poser et passer une longue après-midi à observer la ligne imposante des Grands Couloirs qui se dresse devant nous. Nous remarquons sur sa rive gauche une grosse accumulation de neige qui finira par s’effondrer sous l’action des fortes chaleurs de cette journée et du passage d’un groupe de skieurs passé à proximité quelques minutes auparavant. Nous voilà prévenu pour demain.
Après le repas du soir, la gardienne nous enjoint de ne pas partir trop tôt demain en raison du décaillage tardif de la neige dans le haut des Grands Couloirs. La nuit est longue surtout pour moi qui n’arrive pas à trouver le sommeil. Dans ma tête, je fais la course avant la course. Pourtant rien de compliqué dans le cheminement. Certes, à la montée c’est tout droit rive droite, mais à la descente c’est droit dans le pentu. Je l’avoue je suis intimidé par cette face comme un débutant avant sa première course.
Le matin, après une brève descente à ski pour rejoindre la base des Grands Couloirs, nous ajustons les peaux sur nos skis et très rapidement les couteaux car le regel a été efficace cette nuit. Il est 8h30.
Après une petite heure de montée, nous échangeons les skis avec les crampons pour un premier bref passage. La pente s’adoucit un peu et remettons les skis pour un bon moment avant de rejoindre la partie la plus raide de la montée. De nouveaux nous remettons les crampons et sortons notre piolet. Le cheminement est évident nous n’avons qu’à mettre nos pas dans les traces des skieurs qui nous ont précédés. La neige est bien dure et facilite notre ascension jusqu’au col des Grands Couloirs où nous remettons les peaux une dernière fois. L’altitude commence à se faire sentir et notre rythme diminue sensiblement. Nous apercevons la pointe Mathews à notre droite et sur notre gauche le sommet de la Grande Casse 200 mètres plus haut.
Sur la partie finale la pente se redresse une dernière fois mais nous gardons les skis au pied au prix de conversions qui nous coutent chers en énergie. Arrivés sur l’arête en neige, le sommet se dessine devant nous à 3855 m d’altitude, et l’ensemble des skieurs qui ont eu la même idée. Il est aux alentours de 12h30. Très vite après l’avoir atteint je m’aperçois qu’il y a peu de place sur ce sommet et décide de redescendre un peu plus bas sur cette arête pour me poser et attendre mes deux acolytes qui eux ont réussi à se faufiler dans ce regroupement.
Le temps de manger un morceau, les deux Laurent rejoignent le troisième pour redescendre au col des Grands Couloirs et se poser au bord du toboggan.
Ça penche vraiment mais il est trop tôt pour s’y lancer car la neige est encore dure. Une longue attente commence. Alors nous nous allongeons sur la neige skis aux pieds et observons le spectacle que nous offre la montagne.
Un premier groupe se lance et le bruit des carres de skis dérapant sur le manteau nous indique que la neige ne s’est toujours pas ramollie.
Il est 13h45, Laurent R se lève, Laurent C et moi lui emboitons le pas ou plutôt le ski.
Ça y est, c’est parti. Premier virage à 42°. Je m’emballe un peu et prend trop de vitesse. Plus court le virage sera mon mantra pour le reste des difficultés. Il s’agit de ne pas se louper sinon la réception se retrouve 200 m plus bas. Laurent R est dans son élément et les virages s’enchainent facilement. Laurent C et moi le rejoignons. Tout se passe bien, la confiance est présente, et la descente déroule.
Au fur et à mesure de notre progression la neige ramollie significativement. Les difficultés sont maintenant passées et notre euphorie grandie à mesure que nous nous rapprochons du refuge. Le plaisir est total, nous nous congratulons sans oublier les efforts produits depuis deux jours. Maintenant il s’agit de rejoindre encore le parking et d’aller marquer le coup avec une grande pinte bien méritée.
Un grand merci à Laurent R et Laurent C d’avoir mis un terme à mon obsession pour ce sommet et d’avoir partagé avec moi cette joie marquante.



